Analyse de durabilité de la Banque Sarasin : perspectives incertaines pour les biocarburants

09.08.2010

Le grand défi des biocarburants sera de prouver leur avantage écologique. C'est ce qu'affirme la Banque Sarasin dans sa récente étude sur les énergies renouvelables et sa mise à jour au sujet des biocarburants. Les biocarburants de la première génération sont en concurrence avec la production de denrées alimentaires et poussent les prix à la hausse. C'est pourquoi le développement de technologies écologiques et socialement responsables des deuxième et troisième générations suscite de grandes attentes. Divers facteurs comme le prix des huiles minérales, les interventions étatiques et les véhicules électriques posent également des questions fondamentales aux investisseurs.

De nombreuses incertitudes planent sur l'avenir des biocarburants. Selon l'étude de durabilité de Sarasin, les perspectives des biocarburants de la première génération en tant que substitut aux énergies fossiles sont très limitées du fait des doutes concernant leur avantage écologique et de la disponibilité restreinte de surfaces cultivables. Si l'on dresse un bilan écologique tenant compte de tous les impacts environnementaux et pas uniquement des émissions de CO2, seule une petite partie des biocarburants obtient un résultat positif. Les aspects pertinents sont notamment l'usage excessif d'engrais et la perte de biodiversité, mais aussi les effets indirects liés au changement d'affectation du sol. Ces effets ne sont analysés en détail que depuis peu : la culture de biocarburants sur des surfaces agricoles entraîne une augmentation de la demande de produits alimentaires et de fourrage qui se traduit par des pressions accrues sur les forêts et les prairies. Le changement d'affectation de zone en terrain agricole peut entraîner d'importantes émissions de CO2 susceptibles de rendre négatif le bilan climatique des biocarburants.

Les points critiques subsistent

Il apparaît que la demande de carburants écologiques est faible, en particulier en Suisse, même si le bioéthanol produit avec des résidus de bois et des déchets organiques locaux est irréprochable du point de vue biologique et éthique et bénéficie d'allègements fiscaux depuis deux ans. Ce désintérêt s'explique par la baisse du prix du pétrole. La décision du Conseil fédéral d'abaisser l'impôt sur les huiles minérales à partir d'octobre 2010 se traduira par une nouvelle diminution de la demande. Les conclusions présentées par la Banque Sarasin dans l'étude de durabilité réalisée en 2006 sur le thème des biocarburants ont donc été confirmées. A l'époque, les auteurs estimaient déjà que le boom du bioéthanol était exagéré et que le développement de la branche avait atteint ses limites.

L'étude de durabilité " Energies renouvelables 2010 " est parue

L‘étude complète " Energies renouvelables : du marché de niche au marché de masse " de la Banque Sarasin (auteur : Dr.Matthias Fawer) donne un aperçu critique de la situation des énergies renouvelables et met en lumière les divers aspects à prendre en compte dans le cadre d'une gestion de fortune durable. L'étude est disponible en allemand et en anglais et peut être commandée auprès de gabriela.pace@sarasin.ch contre paiement d'une taxe de CHF 50 ou EUR35 (gratuitement pour les médias et les clients).

Potentiel limité

Aux Etats-Unis, 30% de la récolte de maïs et au Brésil entre 50 et 60% de la récolte de canne à sucre sont utilisés aujourd'hui pour produire du bioéthanol (voir graphique). La disponibilité limitée de terres agricoles et le fait qu'une grande partie de la récole de maïs, de soja, de canne à sucre et de colza est déjà utilisée pour produire des biocarburants restreint considérablement le potentiel de cette première génération. Le bioéthanol ne représentait que 3,7% de la production mondiale d'essence en 2008 et le biodiesel seulement 1,5% des ventes totales de diesel. Cette proportion est faible par rapport à la quantité de matières premières et de denrées alimentaires transformées dans ce but.

Graphique: Part des biocarburants en pour cent de la récolte totale en 2008

Source: GTM Research; Biofuels: Spotting the Next Wave, 2009

La deuxième et la troisième génération suscitent de grands espoirs

Jusqu'ici, la production de biocarburant se faisait presque entièrement à l'aide de technologies de la première génération, c'est-à-dire avec des procédés de fermentation et d'estérification conventionnels. Les biocarburants de la deuxième génération sont produits à l'aide du procédé de transformation de la biomasse en liquide (BTL) ou avec des enzymes (éthanol cellulosique) à partir de matières premières végétales qui ne sont pas utilisées pour l'alimentation. Les technologies de la deuxième génération servant à produire l'éthanol cellulosique sont encore dans la phase pilote et pourront être produites à des fins commerciales au plus tôt dès 2012. Les biocarburants de la troisième génération sont en première ligne des carburants issus d'algues cultivées dans l'eau. La production de biodiesel à base d'algues ne sera pas rentable avant 2016. Dès 2022, un tiers de la production de biocarburant pourrait cependant être couverte.

De nombreuses questions subsistent concernant la faisabilité

Actuellement, les perspectives des biocarburants sont encore très incertaines, même si les nouvelles technologies des deuxième et troisième générations sont très prometteuses. Cependant, la question de la faisabilité technique, économique et écologique se pose ici également. En outre, le développement de voitures électriques représente une nouvelle concurrence. A cela s'ajoutent les importantes fluctuations du cours des matières premières et des produits qui déterminent la rentabilité des biocarburants.

Les énergies renouvelables ont le vent en poupe

En 2009, le marché des énergies renouvelables s'est développé de façon réjouissante malgré la crise économique, la baisse du prix du pétrole et les progrès trop lents en matière de politique climatique. En Europe et aux Etats-Unis, le nombre de projets de production d'électricité à base de sources renouvelables menés à bien s'est à nouveau révélé supérieur au nombre d'installations traditionnelles. Mis à part l'énergie éolienne (+31%) et solaire (+13%) ou les petites centrales hydrauliques (+7%), les autres sources renouvelables comme l'énergie de la mer (+2%) et la géothermie (+4%) gagnent aussi en importance, même si les taux de croissance restent modestes. Le secteur des énergies renouvelables est en pleine expansion et va bientôt devenir une industrie mature. Alors que la photovoltaïque évolue en direction de l'industrie électrique, l'énergie éolienne se développe plutôt en direction de la construction de machines et d'installations.


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